Comprendre le problème monétaire de l'Euro

Comprendre le problème monétaire de l'Euro

L’euro est une monnaie dette.

Comment la BCE crée-t-elle de la monnaie ?

  1. Achat d’actifs
    La BCE achète des obligations à une banque.
    En échange, elle crédite son compte de réserves.
    Les réserves sont créées ex nihilo.

  2. Refinancement
    Une banque apporte un collatéral (obligations ou crédits).
    La BCE crédite son compte de réserves.
    Ces réserves servent aux règlements interbancaires.

Qui émet l’euro ?

• Billets : émis par la BCE.
• Pièces : émises par les États, volume approuvé par la BCE.
• Monnaie scripturale (~90 %) : créée par les banques commerciales lors des crédits.

Exemple

Prêt immobilier : 300 000 €

  1. Le prêt
    Actif Créance : 300 000 €
    Passi Dépôt : 300 000 €

→ Les 300 000 € sont créés.

  1. Le client paie un vendeur d’une autre banque.

La banque manque de réserves pour payer l’autre banque

Elle obtient une dette de 100 000 € auprès de la BCE. Avec un haircut de 20 %, elle apporte 125 000 € de collatéral.

Actif BCE
• Collatéral : 125 000 €
Passif BCE
• Réserves : 100 000 €
→ Les 100 000 € sont créés ex nihilo.

Objectif : inflation à 2 % à moyen terme.

Règles fondatrices non respectées :

• interdiction du financement monétaire direct des États ;
• non-renflouement des États ;
• déficit public inférieur à 3 % du PIB ;
• dette publique inférieure à 60 % du PIB ;
• absence de dette commune européenne ;
• BCE limitée à la stabilité des prix ;
• taux d’intérêt déterminés par le marché.

Quantitative Easing

La BCE crée des réserves afin d’acheter massivement des obligations sur le marché secondaire.

Ex:

Une banque possède :
Réserves à la BCE : 100 M€
Dépôts de ses clients : 1 000 M€
Le rapport est : 100 / 1 000 = 10 %
Autrement dit : 1 € de réserve pour 10 € de monnaie scripturale.

Après un QE
La BCE achète pour 900 M€ d’obligations à cette banque.
Elle crée 900 M€ de réserves.
Réserves : 1 000 M€
Dépôts : 1 000 M€
Le rapport devient :
1 000 / 1 000 = 100 %
La banque possède maintenant autant de réserves que de dépôts.

Pourtant :

  • aucun nouveau prêt n’a été accordé ;
  • aucune nouvelle monnaie scripturale n’a été créée.
  • Seule la quantité de monnaie de banque centrale a augmenté.

Si la banque ne prête toujours pas
La BCE rachète encore 2 milliards € d’obligations.
Les réserves deviennent : 3 milliards €
Les dépôts restent : 1 milliard €
Le rapport devient : 3 € de réserves pour 1 € de monnaie scripturale.

Le QE injecte directement des réserves dans le système bancaire.

En revanche, les banques ne sont jamais obligées de transformer ces réserves en crédits. Les réserves peuvent augmenter beaucoup plus vite que la monnaie créée par les banques.

  • Déformation du prix du capital
  • Hausse du prix des actifs
  • Mauvaise allocation du capital

Financement facilité des États

En achetant massivement des obligations souveraines sur le marché secondaire, la BCE réduit le coût auquel les États peuvent se financer même si le financement direct reste interdit par les traités, les finances publiques en abuse pour un acces à la dette.

L’euro est une monnaie numérique (>90%), virtuelle (créée à partir de rien) fondée sur la dette de la population qui fait ses crédits à la population qui paie l’inflation, et les intérêts de la dette.

Le client d’une banque contracte un crédit. Pour lui verser les fonds, la banque crée cette somme sous forme de monnaie scripturale (comptable) sur son compte.

Lorsque le client paie un vendeur dont le compte est dans une autre banque, la banque de l’acheteur doit transférer de la monnaie de banque centrale à la banque du vendeur.

Les banques ont très peu de réserves (bloquées dans des fonds US), elle emprunte donc auprès de la Banque centrale européenne (BCE) en déposant un collatéral constitué d’obligations d’État, d’entreprises et d’autres actifs.

La BCE applique un haircut (1,25 pour avoir 1, garde 0,25), c’est-à-dire qu’elle ne prête qu’une partie de la valeur de ce collatéral.

Avec le Quantitative Easing (QE), la BCE crée de nouvelles réserves et achète massivement ces mêmes obligations sur le marché secondaire. Cette demande fait monter leur prix.

Le collatéral vaut davantage, une même quantité d’obligations permet d’obtenir un refinancement plus important auprès de la BCE. 1 de crédit a été valorisé à 1,25 puis à 1,5.

Pour un même portefeuille obligataire, les banques peuvent obtenir davantage de monnaie de banque centrale qu’auparavant. Ce qui valait 1 vaut 1,5 pour obtenir 1,5, la BCE 1,75… Elles disposent alors d’une capacité supplémentaire pour financer leurs règlements interbancaires et soutenir l’octroi de nouveaux crédits.

Ce mécanisme modifie les prix du marché obligataire, pousse au crédit, favorise l’effet Cantillon. Les investisseurs qui arrivent ensuite sur le marché achètent des obligations à des prix plus élevés (bulles) et avec des rendements plus faibles (pas de valeur réelle supplémentaire).

Les obligations les plus recherchées devenant moins rémunératrices, une partie des investisseurs se reporte sur des actifs présentant davantage de risque afin d’obtenir un rendement supérieur.

Cela facilite le financement des États. La BCE n’achète pas directement leurs obligations car c’est interdit. Mais en fait, oui, elle les rachète ensuite sur le marché secondaire. La BCE fausse donc la valeur de la dette des Etats pour les aider mais toujours sans valeur réelle.

Les marchés tiennent compte des risques monétaires, budgétaires dans les taux qu’ils exigent. Le risque augmente, les taux demandés montent également. Le coût de la monnaie augmente et son pouvoir d’achat diminue : il faut davantage d’euros pour acheter la même quantité de biens et de services. L’euro a perdu 87% de sa valeur face à l’or et 47% de son pouvoir d’achat augmentation des salaires inclus. Un échec.

Les crédits des ménages, des entreprises et des administrations alimentent l’expansion de la masse monétaire. Cette création monétaire dépasse la production réelle de biens et de services, le pouvoir d’achat de la monnaie diminue; c’est l’inflation.

Le Quantitative Easing ne se limite pas à augmenter la quantité de monnaie. Il modifie également l’ordre dans lequel elle est distribuée.

C’est l’effet Cantillon : la monnaie nouvellement créée bénéficie d’abord à ceux qui la reçoivent en premier. Ils acquièrent les actifs avant l’ajustement des prix. C’est le capitalisme de connivence, autrement dit les proches des politiques publiques (donc l’inverse du capitalisme). Lorsque cette monnaie se diffuse, les prix augmentent et les derniers récepteurs, principalement les petites structures, les salariés, les épargnants et les retraités, perdent du pouvoir d’achat sans avoir bénéficié de cette création monétaire.

En faisant monter artificiellement le prix des obligations, le QE réduit leur rendement. Les investisseurs se reportent alors vers des actifs plus risqués afin de maintenir leur rentabilité. Cette fuite vers le rendement déconnecte progressivement les prix des actifs de leur valeur économique et les rend de plus en plus dépendants de la politique monétaire.

Cette dynamique réduit la souveraineté économique.

Lorsque le coût de l’endettement est maintenu artificiellement bas, les décisions d’investissement dépendent davantage du refinancement que de l’épargne réelle et de la capacité productive. L’économie est progressivement pilotée par la politique monétaire, cherchant à importer des solutions plutôt qu’à capitaliser pour investir plus tard à créer des solutions.

La limite apparaît face aux contraintes physiques. Aucune création monétaire ne produit davantage de sols fertiles, d’eau, d’énergie, de minerais ou de biomasse. Elle redistribue des droits d’achat sur des ressources qui, elles, demeurent limitées.

L’agriculture illustre cette limite. Aujourd’hui on y est.

Des décennies de crédit abondant et de subventions favorisent les flux financiers au détriment du capital naturel. Les sols perdent leur matière organique, leur biodiversité et leur fertilité. Le véritable capital productif est progressivement lixivié dans les flux monétaires. Les exploitations deviennent dépendantes des intrants, de l’énergie et des importations. Lorsque ces flux se contractent, la création monétaire ne reconstitue ni les sols ni leur capacité de production.

L’euro numérique constitue un changement de l’euro pour sauver l’économie dette mondiale dirigée par les Etats.

Il ouvre la possibilité de plafonner les encaisses, d’appliquer directement les taux d’intérêt, de conditionner les paiements, d’orienter l’épargne et de cibler les politiques économiques. La banque centrale se rapproche ainsi des fonctions des banques commerciales et renforce son pouvoir d’allocation de la monnaie afin de préserver un système fondé sur la valorisation des actifs financiers et le financement permanent des dettes publiques.

L’euro est une monnaie majoritairement numérique et créée par le crédit.

Lorsqu’une banque accorde un prêt, elle crée la monnaie scripturale correspondante. Si cette monnaie est transférée vers une autre banque, elle emprunte des réserves à la BCE en déposant un collatéral composé principalement d’obligations.

La BCE applique un haircut sur ce collatéral, puis crée les réserves nécessaires.

Avec le Quantitative Easing (QE), elle crée de nouvelles réserves pour racheter massivement ces mêmes obligations sur le marché secondaire. Leur prix augmente, leur rendement baisse et leur valeur comme collatéral progresse, permettant aux banques d’obtenir davantage de refinancement pour un même portefeuille obligataire et d’accroître artificiellement la création de crédit.

Cette création monétaire favorise l’effet Cantillon.

Les premiers bénéficiaires acquièrent les actifs avant la hausse des prix, tandis que les petites structures, les salariés, les épargnants et les retraités subissent ensuite l’inflation. La baisse des rendements provoque une fuite vers le rendement, pousse les capitaux vers des actifs plus risqués, alimente les bulles et déforme le prix du capital.

En rachetant les obligations d’État après leur émission, la BCE facilite le financement public malgré l’interdiction.

Les règles fondatrices de l’euro sont progressivement contournées : discipline budgétaire, taux déterminés par le marché, limitation du rôle de la BCE et absence de dette commune durable.

Cette dynamique réduit la souveraineté économique.

Les décisions d’investissement dépendent davantage du refinancement monétaire que de l’épargne, de l’accumulation de capital et de la production réelle. Les ressources sont orientées vers la consommation importée et l’endettement plutôt que vers la capitalisation permettant de produire davantage demain. L’importation standardise et affaiblit les productions locales au profit du prix immédiat.

La limite apparaît face aux contraintes physiques. La création monétaire redistribue uniquement des droits d’achat sur des ressources limitées.

L’agriculture illustre cette limite.

Le crédit abondant et les subventions entretiennent les flux financiers tandis que le capital naturel s’érode. Les sols perdent leur matière organique, leur biodiversité et leur fertilité. Le véritable capital productif est progressivement lixivié dans les flux monétaires. Les exploitations deviennent dépendantes des intrants, de l’énergie et des importations. Lorsque ces flux se contractent, la création monétaire ne reconstitue ni les sols ni leur capacité de production.

L’euro numérique constitue l’étape suivante.

Il permet de plafonner les encaisses, d’appliquer directement les taux d’intérêt, de conditionner les paiements, d’orienter l’épargne et de cibler les politiques économiques. La banque centrale renforce son pouvoir d’allocation de la monnaie afin de préserver la valorisation artificielle de ses actifs.

C’est l’ère du faux, interdisant le vrai.

Allons plus loin avec le monde agricole

Le sol est la comptabilité physique d’une économie.

Lorsqu’un pédologue ouvre une fosse, il lit plusieurs décennies de décisions économiques. Chaque horizon raconte une politique, chaque racine une incitation, chaque champignon un arbitrage, chaque lessivage une création monétaire passée. Le sol conserve une mémoire oubliée par les comptabilités nationales.

Les intrants sont la matérialisation physique de la monnaie créée.

Un engrais, un pesticide, une irrigation ou une mécanisation résultent du crédit. La monnaie créée ne reste jamais dans les banques : elle finit dans les champs sous forme d’azote, de phosphore, de carburant ou d’énergie.
La dette impose un temps comptable alors que le vivant suit un temps biologique.

Les champignons, la matière organique et la roche n’accélèrent pas pour respecter une échéance bancaire. Quand ces temporalités deviennent incompatibles, le sol perd toujours.

Le Quantitative Easing agit comme un apport massif d’azote soluble.

Les plantes verdissent, les rendements tiennent, puis la dépendance augmente, la fertilité naturelle diminue et chaque correction prépare la suivante. Les taux artificiellement bas remplacent l’épargne et la capitalisation comme l’azote soluble remplace la fertilité biologique.

L’effet Cantillon ressemble à une irrigation privilégiée.

Les premiers reçoivent l’eau et captent les meilleures terres. Les derniers héritent du ruissellement : hausse du foncier, concentration des exploitations, disparition des petites fermes et dépendance.

Les bulles financières ressemblent aux monocultures: elles concentrent les capitaux comme la biomasse. Les deux deviennent fragiles. L’inflation suit la même logique que la perte de matière organique : le stock diminue, le tampon disparaît, les besoins d’apports extérieurs augmentent.

Les réserves bancaires ressemblent à la réserve utile d’un sol.

On peut injecter beaucoup de monnaie ou d’eau, mais seule la structure les retient durablement. Elle vaut davantage que le volume injecté.

L’euro numérique sera incompatible avec l’agriculture

Plus la monnaie devient programmable, plus les décisions économiques risquent de suivre des objectifs administratifs de court terme plutôt que la réalité agronomique de chaque parcelle, sans retour de la nature ou trop tard.

L’agriculture capitalise du vivant — matière organique, biodiversité, eau, fertilité, savoir-faire et patrimoine foncier — tandis qu’une monnaie programmable privilégie les flux monétaires.

Cette divergence est structurelle : roche, climat, saisons et organismes du sol continueront d’obéir aux lois physiques, indépendamment des paramètres politiques de la BCE.

Enfin, la roche joue le même rôle que Bitcoin.

Elle impose une contrainte physique qui interdit l’abstraction. Bitcoin impose une contrainte monétaire favorisant la capitalisation. Dans les deux cas, la souveraineté se construit par l’accumulation d’un capital réel capable de traverser le temps.

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