Revenu et Patrimoine, à qui s'adresse vaiment Bitcoin ?
Avant propos
Cet article a pour but d’avoir une approche quantitative de l’épargne en bitcoin, loin de la vision de l’économie autrichienne. Il sera question de revenus et de patrimoines, sachant que l’on peut avoir des hauts revenus mais peu de patrimoine, ou inversement avoir peu de revenus mais un haut patrimoine.
1) Le revenu et Bitcoin
La question du revenu est essentielle dans l’épargne en Bitcoin car il est question du fameux “stack sats” et du “DCA” (dollar cost average), il est important d’avoir une idée claire concernant la capacité d’épargne de la population française.
Ci-dessous, les dix déciles de la population française issus d’une enquête de l’INSEE de 2023 [1] :
Selon l’INSEE, le premier décile de la distribution des niveaux de vie est de 13 460 euros. Cela signifie que les 10 % des ménages les plus modestes disposent d’un niveau de vie inférieur à 13 460 euros. De même, les 10 % des ménages les plus aisés ont un niveau de vie supérieur à 46 960 euros.
La capacité d’épargne (montant que l’on épargne chaque mois ou chaque année) varie selon ce que l’on gagne et selon ce que l’on dépense. Il sera pris comme hypothèse que le taux d’épargne moyen brut des Français est de 18 %, car c’est ce qui a été observé en 2025 [2,3].
1.1) Les 3 premiers déciles, les plus précaires
Les 3 premiers déciles gagnent par an entre 13 460 euros et 20 200 euros, en supposant que leur taux d’épargne est de 18 % cela fait entre 2 423 euros et 3 636 euros épargnés annuellement. Or, 2 à 3 mille euros c’est à peine ce que l’on peut appeler une “épargne de réserve”, celle que l’on utilise en cas de coup dur (réparation de la voiture…) et cette somme est bien en dessous du prix moyen d’un mariage (entre 8 000 euros et 20 000 euros).
Remarque : L’épargne de réserve est en général de 2 à 6 mois de salaires, mais dans la pratique, le coût minimal de survie (se nourrir, se loger…) étant fixe, plus les revenus son bas, plus il est dur d’accumuler une épargne de réserve.
Bref, en 2026 les 3 premiers déciles ont autre chose à faire que d’épargner du bitcoin, car le plus dangeureux est de devoir vendre ses bitcoins par nécessité au pire moment (marché baissier).
Remarque : Lors des débuts de Bitcoin, quand il ne valait que quelques euros, cela valait le coût pour les 3 premiers déciles d’en acheter, en 2026 c’est plus compliqué.
1.2) Les déciles 4 à 6, la classe moyenne
Les déciles 4 à 6 gagnent par an entre 23 030 euros et 28 660 euros, en supposant que leur taux d’épargne est de 18 % cela fait entre 4 145 euros et 5 148 euros épargnés annuellement. Même si la notion d’épargne de réserve est floue et arbitraire (comment savoir de quoi on aura besoin demain ?) supposons que celle-ci est atteinte pour une épargne annuelle de 4 000 euros alors les déciles 4 à 6 peuvent envisager d’épargner du bitcoin.
Bitcoin est peut-être un “game changer” pour la classe moyenne, car c’est le seul actif anti-inflation ayant une barrière à l’entrée (prix minimum d’achat) aussi faible et aussi pratique. Avant Bitcoin, en France l’immobilier et l’or étaient les actifs anti-inflation préférés des Français, cependant, ces actifs ont deux incovénients, pour l’immobilier il n’est pas possible d’investir de petits montants et pour l’or le transport et le stockage de ce dernier est complexe lorsqu’il s’agit de grands volumes. Bitcoin règle ces deux problèmes, l’épargne en bitcoin de long terme peut même être un tremplin vers son premier achat immobilier.
Ainsi, pour les déciles 4 à 6 de revenus, l’épargne en bitcoin est une hypothèse qui a du sens.
1.3) Les déciles 7 à 9, les aisés
Les déciles 7 à 9 gagnent par an entre 32 270 euros et 46 960 euros, en supposant que leur taux d’épargne est de 18 % cela fait entre 5 808 euros et 8 453 euros épargnés annuellement. Ces déciles ont de quoi épargner et peuvent voir l’épargne en bitcoin comme une manière de diversifier leur capital.
En théorie, ces déciles ont déjà une épargne de secours et ne seront pas obligés de vendre leurs bitcoins par nécessité.
1.4) Le 10 ème déciles, les hauts revenus
Ce décile étant trés disparate, il ne lui est pas associé de chiffre clair, en effet, il peut s’agir de gens gagnant 50 000 euros ou 1 million d’euros par an…
Ayant largement de quoi subvenir à leurs besoins, les hauts revenus n’ont aucune excuse pour ne pas acheter de bitcoins, car ils ne sont que rarement dans la situation où ils sont obligés de vendre au pire moment (en marché baissier) et de tout façons ils peuvent largement se “rebiffer” l’année d’après…
2) Le patrimoine et Bitcoin
La question du patrimoine est celle du capital déjà accumulé ou hérité, pour classifier différents profils de patrimoines il est pertinent de les classer par déciles. Cela dit, pour les plus fortunés la tâche se complexifie, étant donné que ces derniers ont des profils trés hétéroclites.
Ci-dessous, les différents déciles liés au niveau de patrimoine français en 2018 [4]:
Le patrimoine selon sa “liquidité” (facilité à être vendu) peut être échangé contre du bitcoin, or en France la composition du patrimoine n’est pas la même selon le niveau de richesse.
Ci-dessous, la composition du patrimoine des Français par niveau de richesse [5] :
Plus le niveau de patrimoine est élevé, plus l’on possède des actifs financiers (autres qu’immobiliers ou professionnels), c’est dans cette catégorie que se situe Bitcoin. Ainsi, plus le patrimoine est élevé, plus il serait cohérent de posséder du Bitcoin, ne serait-ce que pour se diversifier.
Remarque : Tendanciellement plus l’on vieillit plus l’on a accumulé, grosso modo les plus âgés possèdent du capital tandis que les plus jeunes commencent à accumuler. Or pour comprendre et se mettre à Bitcoin cela suppose d’être relativement à l’aise avec la technologie ce qui est tendanciellement le cas des plus jeunes mais pas des plus âgés. Ainsi, Bitcoin possède une “barrière à l’entrée technologique” qui favorise les jeunes qui commencent à accumuler mais défavorise les vieux qui sont installés économiquement. Cet article ne traitera pas de cette dimension générationnelle.
2.1) Le premier décile, les plus précaires
Le premier décile possède moins de 4 000 euros en dépôts bancaires, il pourrait être tenté d’acheter du bitcoin avec mais ce serait oublier qu’il est important d’avoir une épargne de secours fiable et mobilisable à tout moment. Or, la volatilité de Bitcoin rend cela complexe pour le premier décile car au moindre accident de la vie il pourrait être obligé de vendre ses bitcoins et cela peut arriver au pire moment (marché baissier). Ainsi, il est périlleux pour le premier décile de posséder du bitcoin dans son patrimoine.
2.2) Le second décile, les précaires
Le second décile commence à peine à avoir de quoi investir et pour eux Bitcoin est un véritable “game changer” dans le sens où il n’a pas de barrière à l’entrée, il est possible d’y investir de “petits” montants. Qui plus est, en théorie leur niveau d’épargne est suffisant pour avoir une “épargne de secours” et éviter de devoir vendre leurs satoshis au pire moment.
En théorie (voir le dernier graphique) la majorité du capital de ce décile est composée de dépôts bancaires, c’est à dire de liquidités “facilement” échangeables contre du bitcoin.
2.3) Les déciles 3 à 5, la classe moyenne
Ces déciles détiennent en général majoritairement de l’immobilier (en général la résidence principale avec ou sans crédit) et peu d’autres actifs (actions, obligations, or ou bitcoins), la pierre étant l’actif préféré des Français cela n’est pas étonnant. De plus, ces déciles ont en général comme objectif de devenir propriétaire de leur logement, or dans cet objectif Bitcoin pourrait être un tremplin pour les jeunes actifs, dans le sens ou il est possible d’épargner pendant 5 à 10 ans en bitcoin afin d’avoir assez pour acheter son premier bien immobilier ou fournir un apport conséquent pour un crédit immobilier.
2.4) Les déciles 6 à 8, les aisés
Ces déciles sont en général propriétaires de leur logement (avec ou sans crédit) et commencent à délaisser l’immobilier pour des actifs financiers (actions, obligations, or ou bitcoins). Dans le patrimoine de ces déciles Bitcoin est en concurrence avec les autres actifs non-immobilier classique (action, obligations, or…). Avec l’adoption progressive de Bitcoin la quantité en proportions de bitcoins devrait augmenter dans ces déciles.
2.5) Les déciles 9 et 9,5, les trés aisés
Ces déciles étant très disparate il ne lui est pas associé de chiffre clair, en effet, il peut s’agir de gens gagnant 50 000 euros ou 1 million d’euros par an…
Ces déciles ont en général majoritairement des actifs financiers hors immobilier (action, obligation, or ou bitcoins), c’est justement avec eux que le Bitcoin a le plus de marges de progression.
2.6) les “riches” (les vrais)
Les 1 % les plus riches sont très hétérogènes dans leurs richesses, il est question de gens ayant 2 à 3 millions comme de gens ayant des centaines de millions voire plus d’un milliard.
Ces “riches” ont en général quasi-exclusivement des actifs financiers hors immobilier (action, obligation, or ou bitcoins), c’est justement avec eux que le Bitcoin a le plus de marges de progression.
Si les 1 % les plus riches ont accès à des fiscalistes et peuvent “mondialiser” leur patrimoine, Bitcoin permet de rationaliser et simplifier ces questions pour peu que l’on fasse preuve d’un peu de rigueur et de discipline. Par exemple, la propriété de ses bitcoins demeurant dans 12 à 25 mots il est possible “d’emporter” ses bitcoins dans n’importe quel pays juste en connaissant ces 12 à 25 mots. Dans la pratique, il est même possible avec le système de passphrase de ne devoir connaître qu’un seul mot par coeur.
3) Conclusion
Ne nous voilons pas la face, Bitcoin est un actif plus simple à appréhender pour les hauts patrimoines et/ou les hauts revenus. En effet, pour les bas patrimoines et/ou bas revenus Bitcoin est un actif délicat dans le sens où le risque de devoir le vendre au pire moment est plus élevé.
Ainsi, les “pauvres” ont des excuses pour ne pas s’intéresser à Bitcoin, la “classe moyenne” a intérêt à s’intéresser à Bitcoin, les “aisés” devrait s’intéresser à Bitcoin et les “riches” n’ont pas forcément besoin de Bitcoin mais n’ont aucune excuse pour ne pas s’y intéresser.
Réferrences :
[2] https://www.clubpatrimoine.com/contenus/graph-taux-epargne-menages-france
[3] https://www.ramify.fr/epargne/epargne-moyenne-des-francais
[4] https://www.insee.fr/fr/statistiques/5371259?sommaire=5371304
[5] https://calci-patrimoine.com/repartition-patrimoine-francais-immobilier-financier/
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