Les Principes d'économie politique de Carl Menger : Le retour à l'individu

Il m'aura fallu pas mal de travail de relecture, mais — enfin ! — je peux vous partager mes notes sur les Principes d'Économie Politique de Carl Menger ! ... Mais vu comme elles sont longues, une petite synthèse ne fera pas de mal 😅
Les Principes d'économie politique de Carl Menger : Le retour à l'individu

Après pas mal de travail de relecture, je peux enfin vous partager mes notes sur les Principes d’Économie Politique de Carl Menger !

Ces notes sont particulièrement longues (encore une fois 😅). Une petite synthèse devrait néanmoins nous permettre de nous approprier le sujet un peu plus facilement.

Carl Menger : L’homme qui a bousculé l’économie

Carl Menger a publié ses Principes d’économie politique en 1871, à l’âge de 31 ans. Cet ouvrage est rapidement devenu une contribution majeure à la théorie économique, notamment en remettant en question l’importance des mathématiques dans l’étude de l’économie.

Pour Menger, l’économie est une science dont l’objectif est de chercher les éléments les plus simples de la réalité pour décrire les phénomènes typiques. Il pose l’humain et ses actions au centre des échanges, partant d’axiomes de base sur l’action individuelle.

Le positionnement de Menger face à ses contemporain

À l’époque, Menger se confronte à deux courants de pensée dominants : l’école historiciste germanique et l’école classique britannique. Sa nouvelle approche se veut une réponse aux limites de ces deux doctrines.

  • Contre l’École Historiciste : Menger s’oppose à la vision collective de cette école (poussée par des penseurs comme Hegel ou Marx), qui cherchait à expliquer les comportements économiques par leur contexte historique, se concentrant sur les groupes sociaux ou les classes. Pour Menger, cette approche aboutissait souvent à des théories sans fondement pratique, incapables de tirer une cohérence d’un volume de faits historiques trop conséquent, et à des conflits inévitables entre les groupes identifiés (classes, races, etc.).
  • Contre l’École Classique Britannique : Face aux classiques (Smith, Ricardo), Menger critique la vision globaliste (la « richesse des nations ») qui, en se basant sur des catégories comme la valeur-travail ou la rente, tendait à négliger l’individu et la responsabilité de ses actions.

Menger choisit au contraire de repartir de la base théorique de l’individu et de sa richesse propre : en faisant abstraction de tout groupe et en se concentrant sur l’individu, il fonde une nouvelle école économique dite « pure », détachée de toute dimension politique et nationale.

Les fondements théoriques simplifiés

Pour asseoir ses principes, Menger a dû revenir à des fondamentaux, notamment sur la théorie de la connaissance.

C’est un gros morceau, dans mes notes, mais fondamental pour comprendre la suite.

  • L’Action Humaine : Menger la définit comme la « libre volonté individuelle guidée par la raison pratique ». L’activité économique est soumise à la subjectivité de la personne, au temps, à l’information disponible (ou l’ignorance) et aux relations entre individus.
  • La Méthode Déductive : Contrairement à l’approche inductive basée sur l’observation de cas particuliers dans l’histoire, Menger privilégie une approche déductive. Il pose une hypothèse générale a priori. Par exemple, le postulat de départ est que l’individu cherche avant tout à satisfaire au mieux ses besoins. Il confronte ensuite cette hypothèse aux faits et à l’expérimentation.
  • La Neutralité de l’Observateur : Selon Menger, l’économiste ne doit en aucun cas juger les besoins subjectifs et les choix de l’individu. L’économie pure doit faire abstraction de la dimension morale pour rendre les phénomènes économiques compréhensibles.

Les principaux points clés des principes de Menger

L’Utilité Marginale et la Valeur Subjective

La contribution la plus célèbre de Menger est la théorie de la valeur. Il s’oppose à l’idée que la valeur d’un bien est intrinsèque (liée au travail qu’il a fallu pour le produire, par exemple). Selon lui, la Valeur est attribuée par l’individu sur la base de son jugement de valeur économique, qui est totalement subjectif et lié à l’utilité du bien pour satisfaire son besoin.

L’Utilité Marginale : La valeur accordée à un bien (sa valeur-utilité) diminue à mesure que l’individu en consomme des unités successives. Une fois qu’un besoin est entièrement satisfait, l’unité supplémentaire de ce bien perd toute valeur économique (la satiété).

Priorisation des Besoins : L’individu priorise ses besoins, allant du vital (le plus important) au plaisir (le moins important). Un besoin de degré moindre peut prendre le pas sur un besoin plus important une fois que celui-ci est suffisamment satisfait.

Le Bien Économique et l’Échange

Le Bien Économique : Une « chose » devient un bien économique si elle est rare, c’est-à-dire en quantité insuffisante pour satisfaire tous les besoins. C’est cette rareté qui entraîne l’économie, le droit de propriété et la nécessité de faire des choix. Les biens illimités (comme l’air) n’intéressent pas l’économie.

L’Ordre des Biens : Menger classe les biens en fonction de son rapport plus ou moins direct avec la satisfaction du besoin. Un bien de premier ordre satisfait directement un besoin (ex: le pain). Les biens d’ordre supérieur (farine, blé, champ) sont les moyens de production nécessaires pour obtenir les biens de l’ordre immédiatement inférieur.

L’Échange : Il n’intervient qu’en « dernier recours, » lorsque l’individu ne peut pas produire par ses propres moyens, ou lorsque l’échange devient plus avantageux. Il repose sur un accord mutuellement profitable entre deux parties (l’une a un surplus, l’autre un besoin) et se fait sur des biens économiques.

La notion de concurrence découle du fait qu’en amont de l’échange, les deux parties ont le choix entre plusieurs interlocuteurs. De part et d’autre, l’individu cherchera alors à optimiser son bénéfice.

Le Prix : Le prix n’est pas une valeur unique et fixe, mais un point d’équilibre atteint lors de la négociation, situé entre deux bornes déterminées par les utilités marginales subjectives des biens pour chacun des deux acteurs.

La Monnaie : Une Émergence Spontanée

La monnaie apparaît spontanément pour faciliter l’échange, qui était limité par le troc. Les individus acceptent une marchandise qu’ils peuvent plus facilement écouler contre les biens dont ils ont besoin, ce qui a mené historiquement à l’usage de métaux (or, argent) comme monnaie, bien avant l’intervention de l’autorité publique.

Pour être plus précis, Lla monnaie doit jouer trois rôles :

  • étalon de valeur (les individus se sont mis d’accord),
  • instrument d’échange (comme vu jusqu’à présent), et
  • réserve de valeur (on peut épargner pour des échanges futurs, sans crainte qu’elle ne perde sa valeur).

Ces trois points font apparaître en filigrane un ingrédient clé : la confiance. Une fois d’accord sur la valeur de leur monnaie, les individus ont confiance les uns envers les autres pour échanger et épargner cette monnaie … sur la base de sa valeur.

L’École Autrichienne : Influence et Postérité

L’œuvre de Carl Menger est fondatrice de l’École Autrichienne d’économie, établie à Vienne, dans le but de concurrencer l’école historiciste de Berlin.

L’école autrichienne se perpétue jusqu’à nos jours, ayant influencé le courant libéral. Des auteurs comme Hayek ou Rothbard ont développé une forme « néo-autrichienne » aux États-Unis. Bien que l’école se soit modernisée (en intégrant parfois des éléments mathématiques), ses concepts fondamentaux retrouvent toujours leurs racines dans les Principes de Menger.

Aujourd’hui, les auteurs autrichiens modernes jouent un rôle crucial en servant de « mouche du coche » (ou d’aiguillon) au courant économique principal. Ils remettent régulièrement en question les idées reçues, ce qui, même s’ils restent en marge, contribue aux progrès de l’économie en général.

Une autre influence que j’ai observé, c’est dans le Product Management. Mes récentes publications l’on montré : des notions comme la valeur, les besoins des utilisateurs ou la priorisation sur la base de l’utilité font directement écho aux fondements de l’approche Produit. Celle-ci se développe de plus en plus, pour répondre à la rigueur et la volatilité des marchés, notamment dans les domaines des nouvelles technos.


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