IBM Sovereign Core : souverain sur sa stack technique

En fin de semaine dernière, je suis tombé par hasard sur l'annonce d'IBM Sovereign Core ... Mais qu'est-ce que ça apporte, par rapport à l'offre Cloud existante ?
IBM Sovereign Core : souverain sur sa stack technique

Récemment, IBM a annoncé Sovereign Core, une solution devant assurer la souveraineté au niveau logiciel, indépendamment de l’infrastructure, notamment pour l’exploitation de modèles IA.

Les annonces sont encore assez légères, mais nous allons voir rapidement en quoi consiste Sovereign Core, pourquoi « Sovereign » Core, et qu’est-ce qu’il apporte de plus, par rapport aux acteurs existants.

Aspects techniques

Red Hat est à la base connu pour ses systèmes d’exploitation basés sur Linux (Red Hat, Rocky Linux, …), puis comme éditeur de logiciels open source. Aujourd’hui, ils commercialisent de nombreux services pour le secteur industriel, comme RHEL (Red Hat Enterprise Linux).

«Pourquoi commencer en parlant de Red Hat, alors qu’on parle d’IBM ? » Pourriez-vous me dire …

Eh bien parce qu’IBM et Red Hat collaborent depuis la fin des années 1990, précisément autour de Linux et des logiciels open source pour les entreprises. Plus encore, IBM va racheter Red Hat en 2019. Depuis lors, Red Hat est devenu le pilier de la stratégie Cloud hybride d’IBM, notamment via Openshift, en même temps que son fer de lance pour l’édition de logiciels libres.

Openshift, puisqu’on en parle, est un « Plateform as a Service » : une solution de gestion de service basé sur Kubernetes, un orchestrateur de container. Sovereign Core repose sur Openshift.

Sujet Souveraineté et apport de Sovereign Core

On parle de souveraineté au niveau de la nation, de l’individu, mais aussi de l’entreprise. Le concept de souveraineté désigne fondamentalement l’autorité suprême et indépendante d’une entité sur un domaine donné, sans ingérence extérieure. Pour ce qui est de la nation et l’individu, j’ai déjà eu l’occasion d’aborder ce sujet dans une note en rapport avec ma lecture de Carl Menger (cf. Autarcie, autonomie et souveraineté : échanges et limites du protectionnisme).

Maintenant, être souverain implique de maîtriser les données grâce auxquels nous pourrons prendre des décisions informées. Par exemple, l’écrasante majorité des services que nous utilisons en ligne hébergent nos données personnelles. Et cela inclut les services publiques … Donc si par malheurs ces services se révèlent être des passoires, nos données personnelles se retrouvent dans la nature … (il existe des solutions, mais j’en parlerai dans un autre article. Là, je m’égare 😜).

Pour les entreprises, la souveraineté désigne le contrôle sur leurs opérations, ressources et décisions stratégiques. Pour ce qui est de leurs données, cela se traduit par le contrôle de l’infrastructures, face aux risques d’ingérence étatique, concurrentielle, etc. car ces données constituent le support sur lequel se basent les décisions (stratégie) et opérations (exécution de cette stratégie) de l’entreprise.

Nous pouvons également présenter le problème de l’entreprise selon deux axes.

  • D’un côté, on a le contrôle de la donnée dans tout son cycle de vie, c’est-à-dire au cours de son traitement, jusqu’à son stockage.
  • De l’autre côté, on peut également le voir sur le plan de la stack technique, du bas niveau (la couche matérielle), jusqu’au plus haut niveau (la couche logicielle).

Aujourd’hui, la plupart des opérateurs Cloud se concentrent sur les garanties au niveau du matériel. Typiquement ils garantissent la localisation et la protection contre les intrusions des datacenters : c’est ce que garantissent des certifications comme SNC, ISO 27001, ou HDS. Certaines entreprises poussent encore plus loin, en choisissant des solutions « on premise » c’est-à-dire qu’ils gèrent eux-mêmes le matériel sur lequel tourne leur solution de Cloud.

Sovereign Core se concentre sur la couche applicative. L’objectif affiché être d’être capable d’assurer la souveraineté de l’entreprise utilisant Sovereign Core, et ce indépendamment de l’infrastructure sur laquelle cette solution est exécutée. Ainsi, il sera possible de conserver une infra existante, même dans un cloud public, tout en rendant la couche applicative souveraine. Ce contrôle inclut toute la gestion des accès (identité, chiffrement, etc.), tout en facilitant des déploiements rapides d’environnements isolés.

De cette façon, Sovereign Core complète une solution souveraine au niveau de l’infrastrucure, en apportant la souveraineté au niveau logiciel. Ainsi, une entreprise pourrait pousser le vice de la souveraineté en montant Sovereign Core sur une solution de Cloud privée, garantissant à la fois sont infrastructure et sa couche logicielle.

Conclusion

La souveraineté numérique est cruciale pour les entreprises et administrations face à l’essor de l’IA et au regard de la gestion de données sensibles. Bien implémentée, elle contribue à mitiger les risques d’ingérence externe, comme les accès non autorisés.

Les attentes sur Sovereign Core portent sur des possibilités d’innovation accélérée en IA, avec une gouvernance locale et une indépendance opérationnelle totale. Une présentation est prévue le 27 janvier, à l’occasion du IBM Technology Summit, suivi d’un accès anticipé courant février, et une mise à disposition du grand public mi-2026.

Ce sera alors l’occasion de creuser plus avant le fonctionnement de Sovereign Core.

Références

  • https://fr.newsroom.ibm.com/IBM-presente-un-nouveau-logiciel-pour-repondre-a-limperatif-croissant-de-souverainete-numerique
  • https://www.infomagazine.ma/intelligence-artificielle-ia/ibm-lance-sovereign-core-un-socle-logiciel-pense-pour-la-souverainete-numerique-et-lia-13728-2026/

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